Valentia : une fondation romaine (121 av. J.-C.)
Valence est l'une des plus anciennes villes de France. Fondée en 121 avant J.-C. par les Romains à la suite de la conquête de la région, elle prend le nom de Valentia, du latin valentia, qui signifie "vigueur" ou "force". Ce nom dit déjà quelque chose du caractère de la ville : une place forte, pas une halte anodine.
Installée sur la rive gauche du Rhône, à un point de passage naturel entre le nord et le sud de la Gaule, Valentia devient rapidement une colonie romaine organisée selon le plan en damier caractéristique des villes romaines. Voies pavées, forum, thermes : les vestiges de cette époque sont encore visibles dans le sous-sol de la ville.
Valence et le Rhône
La position de Valence sur le Rhône est la clé de toute son histoire. Le fleuve était à la fois une route commerciale majeure et une frontière naturelle. Cette situation géographique explique pourquoi la ville a toujours été convoitée, disputée et traversée par les grands de l'Histoire.
Le Moyen Âge : évêché, comté et université
Après la chute de l'Empire romain, Valence devient un évêché important. La cathédrale qui domine aujourd'hui encore la vieille ville en est l'héritage direct.
La cathédrale Saint-Apollinaire est élevée entre 1063 et 1099, dans le style roman bourguignon. Elle est consacrée le 5 août 1095 par le pape Urbain II en personne, l'année même où ce dernier lance la première croisade depuis Clermont. Partiellement détruite lors des guerres de religion au XVIe siècle, elle sera reconstruite à l'identique.
En 1452, Louis II, fils de Charles VII et futur Louis XI, gouverneur du Dauphiné, fonde l'Université de Valence. Confirmée par une bulle du pape Pie II en 1459, cette université attire rapidement des étudiants et des professeurs de tout le Dauphiné. Elle reste active jusqu'à la Révolution française.
Rabelais à Valence
En 1532, François Rabelais, l'auteur de Gargantua et Pantagruel, enseigne à l'Université de Valence avant de s'établir à Lyon. Son passage marque l'ancrage de la ville dans l'humanisme de la Renaissance.
Les guerres de Religion : Valence au cœur de la tempête
Au XVIe siècle, Valence est l'une des premières villes du Dauphiné à se convertir au protestantisme. Cette adhésion massive au calvinisme va avoir des conséquences dramatiques.
Le 27 avril 1562, le lieutenant général La Motte-Gondrin, représentant du roi en province, est tué à Valence par des militants huguenots. Cet assassinat fait basculer tout le Dauphiné dans la première guerre de Religion. La ville paye très cher ces décennies de conflits : l'université s'affaiblit, la population se divise, la cathédrale est saccagée.
L'Édit de Nantes (1598) ramène un semblant de paix, mais Valence restera longtemps une ville marquée par cette fracture confessionnelle.
Napoléon Bonaparte à Valence
C'est sans doute le chapitre le plus célèbre de l'histoire valentinoise. En 1776, Valence est classée place de guerre par ordonnance royale, ce qui entraîne l'installation d'une école d'artillerie en 1777.
Le 6 novembre 1785, un jeune lieutenant en second de 16 ans débarque à Valence pour sa première affectation militaire. Il s'appelle Napoléon Bonaparte, il est affecté au régiment de La Fère, et il va passer plusieurs années à apprendre son métier d'officier dans cette ville qu'il retrouvera régulièrement toute sa vie.
Entre 1785 et 1814, Bonaparte effectuera au total 18 séjours à Valence. Il y loge chez Mme Bou, rue Pérollerie, et se lie d'amitié avec plusieurs familles valenciennes. C'est dans cette ville qu'il se forme intellectuellement et militairement avant de conquérir l'Europe.
Sur les pas de Bonaparte à Valence
La ville a balisé un parcours touristique "Sur les Pas de Bonaparte", matérialisé par 26 clous au sol qui relient les lieux liés à son séjour. Une statue en bronze inaugurée en 2010, Porte Neuve, le représente en tenue de lieutenant de 1785.
Le pape Pie VI, prisonnier à Valence
Peu de villes françaises peuvent se vanter d'avoir accueilli un pape, même contre son gré. Le pape Pie VI, capturé par les armées du Directoire, est transféré en France et meurt à Valence le 29 août 1799, après plusieurs mois de détention dans un état de santé très dégradé. Il avait 81 ans.
Un monument lui est dédié dans le chœur de la cathédrale Saint-Apollinaire, qui abrite son cœur. Son souvenir reste vivace dans la mémoire locale.
Louis Mandrin, jugé à Valence
En 1755, le célèbre contrebandier Louis Mandrin, figure populaire qui défie les fermiers généraux et distribue ses prises aux pauvres, est jugé et condamné à mort par la Chambre ardente de Valence. Son exécution par le supplice de la roue, le 26 mai 1755, attire une foule immense. Mandrin est devenu depuis une sorte de Robin des Bois français, et Valence reste attachée à ce procès qui fit date.
De la Révolution à aujourd'hui
La Révolution française supprime l'Université de Valence en 1792, mais la ville gagne en importance administrative : elle devient préfecture du département de la Drôme, créé en 1790. Ce statut préfectoral qu'elle conserve jusqu'à aujourd'hui ancre définitivement Valence comme capitale régionale de la Drôme.
Au XIXe et XXe siècles, Valence se développe comme centre industriel (agroalimentaire, métallurgie, électronique) et comme grand nœud de transport. L'arrivée du TGV en 1994 (gare de Valence TGV) et l'autoroute A7 font de Valence ce que l'on appelle depuis longtemps la "porte du Midi" : la ville où le nord rencontre le sud.